Si ça se vend, c’est que ça s’achète (ma bonne dame)

“The band is just fantastic
That is really what I think
Oh by the way, which one’s Pink?”

Pink Floyd, Have A Cigar

Oui, encore un sujet pour lequel je pars sans sources, sans connaissance, sans études mais sur lequel j’aime beaucoup donner mon opinion. J’ai envie de parler de création.

Ou plutôt de ce à quoi ça sert aujourd’hui : ramasser de la caillasse.

C’est également un sujet qui me tient à cœur car pour moi c’est une des choses qui doit le plus faire avancer l’humanité, la création, qu’elle soit artistique ou technologique. Aujourd’hui je vais surtout parler de la création artistique d’ailleurs, je parle déjà beaucoup trop souvent de technologie (pas sur ce blog encore, mais partout ailleurs).

Argent, c’est un crime

J’ai pas envie de tourner autour du pot, mais purée, comment c’est possible de justifier un modèle dans lequel la création artistique existe exclusivement pour rapporter de l’argent. Bien entendu je m’attaque là aux cibles faciles, les distributeurs de musique, de films, les éditeurs. Tous ces gens qui décident encore trop de ce qu’on écoute, qu’on regarde, qu’on lit…

Ces studios qui, en frottant l’art désintéressé à leur besoin primaire de générer de l’argent par camion benne ont changé cet “art” en “produits culturels” puis en “divertissement”. Ce modèle qui fait que, pour continuer d’avoir des caisses pleines, il ne faut plus prendre aucun risque. Et je ne conçois pas comment la création garde son intérêt si elle n’est pas risquée.

Pas besoin de vous faire un dessin, on a tous en tête une licence de jeux vidéo, de films, de bouquins qui se suivent et se ressemblent trop, de morceaux en tête des charts qui ne changent que de titre ou d’interprète mais certainement pas de mélodie…

Idem pour les blockbusters, les reboots, les remakes, les suites, les prequels, les spin-offs, les changeons-rien-ça-marche. C’est particulièrement frustrant de se voir servir de plus en plus de cette soupe, et encore plus rageant d’entendre “tout le monde la mange, c’est bien la preuve que c’est ce dont les gens ont envie”.

Nous y voilà, divertissez-nous

Non.

Jamais, jamais, jamais le public ne réclame qu’on lui serve de la merde. Il s’habitue au goût de la merde, il apprend même à l’apprécier parce que ça vaut mieux pour lui. Et c’est probable que la première fois qu’on lui servira des légumes il trouvera ça dégueulasse, parce qu’il n’y sera pas habitué, parce qu’au début ce sera très mal cuisiné et qu’il faudra trouver la bonne préparation, mais bon sang je vois pas là dedans de justification qu’il faille continuer à servir de la merde.

Oui les goûts et les couleurs, oui un petit fast-food de temps en temps ça fait pas de mal, mais il faut peut-être arrêter de justifier cette médiocrité par “c’est bon, c’est du divertissement, ce film là c’est pas de l’art, les films pour intellectuels c’est pas pour ce public là” parce qu’à force il n’y a plus que du “divertissement” et plus d’art et les gens se convainquent d’être incapables d’apprécier l’art, de n’être bons qu’à manger du divertissement. Le pire c’est que ça salit le concept de “divertissement” qui n’a aucun lien de parenté avec la vacuité si ma mémoire est bonne.

Je suis sûr qu’il y a des tas de gens qui sont persuadés d’être faits pour le fast-food et pas pour les brocolis. Persuadés. Malheureusement ils se plantent (haha). Il faut surtout se rendre compte qu’il y a une façon de cuisiner les brocolis pour plaire à chacun et que bien sûr aucune préparation ne plaira à tous. Et tant qu’il y aura des annonces qui expliquent que c’est important de “bien” manger, je vous bassinerai avec le fait que c’est important de “bien” se divertir. Là.

Revenons-en aux studios. Évidemment, si leur but est d’assurer le succès commercial,  c’est impossible pour eux de changer de recette, trop risqué. Il faut alors plaire au plus de gens possible, et là dessus la Margherita fait plus consensus que les brocolis.

C’est pour ça que le changement vient souvent d’en bas, des petits studios, des petits éditeurs, de ceux qui n’ont rien à perdre et peuvent donc innover. Mais face aux mastodontes et leurs bénéfices à en vomir – qu’ils vomissent d’ailleurs sans hésitation, par tous les pores de la pub – difficile d’être vu.

Heureusement, les temps changent. Heureusement, les “indés” sont à la mode, de plus en plus médiatisés, favorisés par les gens en recherche de nouveauté. J’ai des raisons d’avoir bon espoir que le modèle corporatiste de la création ne tienne plus pour longtemps, même s’ils ont de leur côté l’argent, la loi et la plupart des canaux de diffusion.

Share it fairly but don’t take a slice of my pie

Et leurs canaux de distribution, ils s’y accrochent. Il faut continuer à remplir les salles de cinéma avec nos vieilles recettes. Si ça ne marche pas on rajoutera des choses qu’ils ne peuvent pas voir ailleurs, l’IMax, la 3D, mettez ce que vous voulez mais faites les venir. S’ils viennent moins, faites les payer plus. S’ils téléchargent, arrêtez les, s’ils partagent, mettez des DRM.

Les DRM. J’ai presque pas envie de pleurer là dessus tellement c’est 2007, mais ça existe encore. Pour ceux qui ignorent de quoi je parle, les Digital Rights Management, par abus de langage, sont les moyens techniques légaux mis en place par des distributeurs de contenus créatifs pour contrôler la manière dont vous utilisez un contenu numérique que vous avez acquis (légalement j’entends).

Quand vous achetez un DVD par exemple, ce sont les DRM qui vont vous empêcher d’enregistrer le film qu’il contient pour pouvoir le voir en vacances sur votre portable sans apporter votre armoire à DVD. Ce sont les DRM qui vous obligent à écouter un morceau sur l’appareil via lequel vous l’avez acheté sur un store en ligne, ou alors qui vous demandent de vous connecter à votre compte pour avoir le droit de l’écouter sur un autre appareil.

Bref, ça ressemble vachement plus à du commerce qu’à de l’art ou de la culture.

Le plus marrant dans tout ça, c’est qu’on entend beaucoup plus les studios se plaindre que les créateurs. Forcément, contrairement à toute logique, les “ayant droits” comme on les appelle, ce sont eux. J’ai beaucoup de problème avec certains mots comme vous l’avez déjà remarqué. Celui-là en fait partie.

Les “ayants droits” ce sont les gens qui récoltent ce que rapporte une œuvre. Ils ne l’ont pas créé, ils ont acheté le droit de gagner l’argent qu’elle va rapporter. Ce mot me fait vomir notamment parce qu’une fois que le papier est signé, ils ont droit de vie et de mort sur l’œuvre concernée. Un épisode récent qui m’a beaucoup marqué, c’est l’histoire de la vidéo de Chris Hadfield. Cet astronaute qui avait repris Space Oddity de David Bowie dans un clip filmé sur l’ISS, et qui a été contraint de retirer sa vidéo de Youtube par les “ayant droits”. Certains diront qu’ils ont joué le jeu en lui accordant une durée de diffusion d’un an, mais à mon avis ils ne pouvaient surtout pas cracher sur un coup de pub pareil. Cette vidéo, sans avoir été la vidéo du siècle, était selon moi un morceau d’histoire de l’humanité et un beau morceau qui plus est. Qu’elle ait été éradiquée d’un simple  pouce vers le bas par les magnats sur leurs yachts, sans la moindre consultation de l’artiste lui même (il n’aurait rien pu dire de toute façon…),  c’est l’opposé de ce que représentait cette vidéo.

C’est également ce genre de gens qui récoltent des “dommages et intérêts” lorsque l’on est condamné pour partager du contenu sans alimenter leur portefeuille sans fond. Dommages et intérêt. Comme si ça pouvait réellement leur causer du tort. Je suis de ceux (et on est nombreux) qui sont persuadés qu’ils ne souffrent même pas du partage illégal. Ils gagnent sur les deux tableaux : image de victime (et lobbying intensif) qui leur attire les grâces de la loi mais revenus toujours faramineux dans une société qui consomme toujours autant de culture via d’autres canaux payants également (sérieusement vous avez vu le prix des places de cinéma ?).

Évidemment c’est grâce à leur portefeuille sans fond (et pas sans fonds *coude dans les côtes*) qu’un artiste a pu se payer un studio ; un réalisateur,  une équipe technique ; un concepteur de jeu vidéo, des développeurs etc… Bien sûr c’est logique de devoir payer ce travail, de le rembourser aux investisseurs, et évidemment, qui investit exige un retour profitable.

Mais alors pourquoi, à l’heure où il est de plus en plus facile de créer et de distribuer sans être millionnaire, devrait-on rester coincé dans ce modèle économique ?

Je vais m’arrêter sur cette question, car d’abord je laisse chacun y répondre et ensuite parce que je pourrais encore tenir pendant des centaines et des centaines d’octets. Comme d’habitude, n’hésitez pas à réagir, tous les points de vue m’intéressent et ça peut me permettre de nuancer mon propos. Pour ça je vous propose – si vous souhaitez prolonger la réflexion et construire votre opinion – quelques liens comme j’aime bien :

  • Une réalisatrice allemande qui partage mon point de vue sur le peu d’impact qu’à le marché illégal de la culture pour les studios – Sur le cinéma
  • Un article wikipedia qui permet un peu de contextualisation objective – Sur le disque
  • Un bilan financier de Vivendi (j’ai pas l’habitude de balancer de noms mais bon, dites vous que c’est pareil partout) qui, malgré une petite baisse sur la musique, montre quand même un chiffre confortable
  • Un article de l’UFC qui présente une étude décortiquant les raisons des nouveaux comportements observés autour de la consommation culturelle. Également intitulée “Incroyable ! Vous ne devinerez jamais qui sont ceux qui possèdent le plus de contenu copié !”
  • Enfin, la réaction d’Alain Damasio (encore lui, oui, mais je l’aime quand il est si pertinent) à une question sur Hadopi et la diffusion pirate – Sur le livre

1 Comment on Si ça se vend, c’est que ça s’achète (ma bonne dame)

  1. https://www.youtube.com/watch?v=6Mgn-fXZRiM “Stop being so cynical …”

    J’espère aussi et je pense que l’on se tourne de plus en plus vers des modèles alternatifs, qui ne nécessitent pas seulement leur mise en place mais également la responsabilisation du public sur deux tableaux : 1) reconnaître que artiste, oui, c’est un métier, et que non, ça n’est pas normal qu’un musicien, un réalisateur ou un peintre fasse ça “à côté” d’un “vrai travail” (cc le Figaro) et 2) apprendre à interagir avec l’art autrement que comme simple “consommateur” …

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